Cette ferme du Maine-et-Loire ravive un arbre fruitier oublié des Mauges
Le marron noir a sauvé de la faim les habitants des Mauges, après la Révolution. Mais les châtaigniers centenaires produisant cette espèce vieillissent et disparaissent. La ferme des Blottières, à Chemillé (Maine-et-Loire) s’est lancée dans la plantation de 100 châtaigniers, ce samedi 25 novembre.
Julia MAZ-LOUMIDES / Ouest-France
11/26/20232 min read


Benoît Huntzinger (à droite) et des bénévoles de l’association Horizon Bocage et des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) de Bouchemaine, près d’Angers, et de Cholet, ont planté 100 porte-greffes en une matinée, samedi 25 novembre.
Dix paires de bras pour 100 arbres. C’est une matinée dont la ferme des Blottières, située à Chemillé (Maine-et-Loire) dans les Mauges, se souviendra. Sur une parcelle d’environ un hectare, 100 châtaigniers ont été plantés, samedi 25 novembre. Plus exactement, 100 porte-greffes sur lesquels seront fixés des greffons locaux, d’ici un an et demi, donnant ainsi l’oublié marron des Mauges.
Un rare savoir-faire dans les Mauges
Les quelques châtaigniers qui existent encore sur le sol des Mauges datent de la Révolution. « Les gens avaient faim, et le marron servait à faire de la farine » , explique Benoît Huntzinger, gérant de la ferme des Blottières.
Dans son exploitation, qu’il a reprise il y a cinq ans, il a découvert ces arbres. Son projet est né ainsi. « Je veux fédérer les agriculteurs qui veulent se lancer. En France, on importe un tiers des châtaignes qu’on consomme, c’est qu’il y a un besoin. »
Que ce soit pour une consommation personnelle, de la revente sur les étals des producteurs ou pour de l’agroforesterie, toutes les raisons sont bonnes, selon Benoît Huntzinger. « La visée environnementale est également importante. Le châtaignier a une floraison tardive qui est super pour les pollinisateurs. Il stocke également du carbone pour des siècles ! »
200 porte-greffes de Dordogne
Le choix de la parcelle ne se fait pas au hasard, car le châtaigner est un arbre exigent : une orientation vers les versants froids pour lui éviter la sécheresse l’été, mais une plantation nord-sud pour avoir le soleil en continu dans la journée. Le sol, lui, ne doit pas retenir l’eau. « C’est un arbre sensible » , conclut le gérant.
Cette même parcelle sera toujours utilisée pour faire pâturer les moutons.
Préférer le porte-greffes plutôt que de jeunes pousses classiques permet une meilleure adaptation de l’arbre à son environnement. « Les vieux châtaigniers souffrent de la maladie de l’encre. C’est un champignon qui attaque les racines. »
Pour pallier ce problème, l’agriculteur est allé cherche une variété qui résiste à ce champignon, en Dordogne. Il en est revenu avec 200 spécimens : 100 pour lui, 30 pour le parc du Puy du Fou (Vendée) 30 pour une autre ferme en Vendée, et quelques-uns pour différents voisins.
Jusqu’à quatre tonnes de marrons noirs
Au printemps 2025, tous seront greffés, avec un pourcentage de réussite proche des 100 %. « C’est un vrai savoir-faire presque oublié ici, mais dont se souviennent nos anciens. Nous ferons aussi appel à des spécialistes de Dordogne. »
D’ici cinq ans, Benoît Huntzinger pourra récolter « une poignée de marrons » par arbre, et jusqu’à atteindre quatre tonnes à maturité, au bout d’une quinzaine d’années.


